Si tu vas à Rio… Chronique n°4

A Rio, on l’entend partout, tout le temps, et dans toutes les conversations… de quoi s’agit-il ?

De l’expression « économie verte ». Alors que certains y voient une solution miracle contre la crise économique, d’autres dénoncent une mascarade où les capitalistes se donneraient à eux-mêmes une bonne conscience. La chronique d’aujourd’hui se penche donc sur l’économie verte, sujet visiblement central dans ce Sommet de la Terre.

 

L’économie verte : de quoi s’agit-il ?

Face au constat, que personne ne conteste aujourd’hui, notre planète subit une double crise : économique et écologique. A priori, les deux domaines en question n’ont rien à faire en commun puisque historiquement l’action de l’homme a construit l’économie en exploitant sans limite la nature dans le seul but de créer et d’accroitre du profit. Mais en y regardant de plus près, ces deux mondes ne sont pas si antinomiques que ça, et cette période de crise est l’occasion de repenser les fondements de l’économie internationale en tenant compte des contraintes environnementales.

 

L’idée de l’économie verte, c’est d’arriver à concilier « économie » et « écologie », l’un servant les intérêts de l’autre, et inversement. En réalité, il s’agit simplement d’une question d’équilibre où la nature préservée devient le moteur du développement économique. Le but est de créer de la richesse grâce à la Terre, tout en tenant compte de ses limites et de sa fragilité.

 

L’économie verte : le point de vue des capitalistes

Jusqu’à aujourd’hui, les ressources naturelles sont détruites car puisqu’elles n’ont pas de valeur en elles-mêmes, on les détruit jusqu’à épuisement. Mais à travers la théorie de l’économie verte, on considère ouvertement que la nature est une marchandise, et donc qu’elle a un prix ; on entre clairement dans une logique de marchandisation et de financiarisation… mais de façon vertueuse. Explication : Si l’on privatise les biens communs, comme par exemple l’eau, on assure l’avenir de la planète. On considère en effet que l’homme cherche à protéger et à optimaliser une marchandise ayant une valeur. A l’inverse, si on ne donne pas de valeur à ces biens, il n’y a pas d’attention et donc pas de protection, d’où leur utilisation anarchique menant à leur destruction.

Par ailleurs, l’économie verte va permettre l’éclosion de nouveaux marchés et de nouveaux emplois. En effet, avec l’arrivée de ce nouveau système économique, on peut s’attendre à des investissements et des profits financiers colossaux dans les domaines du transport, de l’énergie, de la gestion des déchets, du bâtiment, etc. Ainsi, cette relance économique se fera nécessairement et efficacement au profit de la planète.

 

L’économie verte : le point de vue de ses contradicteurs

Cette théorie n’est en fait que le prolongement des logiques financières actuelles ; celles qui ont détruit la planète pour créer de la richesse. L’économie verte n’est en fait qu’une couche de peinture pour masquer un système capitaliste destructeur que les industriels souhaitent conserver pour s’enrichir. Les financiers n’investissent pas l’argent là où il est le plus efficace pour la planète, mais là où il rapporte le plus. On ne peut pas laisser les mesures à prendre pour l’environnement à ceux qui ont créé des catastrophes écologiques dont la Terre souffre aujourd’hui (réchauffement de la planète, pollution des eaux, de l’air et de la terre). L’économie verte n’est pas une solution de sortie de crise. Les arbres et l’eau ne sont pas des marchandises ou du capital, ce sont des biens communs. Ces richesses appartiennent aux hommes et non aux industries. Leur gestion doit se faire par des agents publics, garant de valeur équitable, et non par des agents économiques privés pollueurs.

 

Les positions de chacun semblent clairement définies mais le débat et des négociations apparaissent toutefois possibles. En somme, même après la conférence de Rio+20, l’économie verte n’a pas fini de faire parler d’elle comme l’une des solutions permettant de trouver une issue à la crise, dans un contexte d’urgence pour la planète.

 

Chronique de Stéphane Reynier pour Bionoor.