Si tu vas à Rio… Chronique n°4

A Rio, on l’entend partout, tout le temps, et dans toutes les conversations… de quoi s’agit-il ?

De l’expression « économie verte ». Alors que certains y voient une solution miracle contre la crise économique, d’autres dénoncent une mascarade où les capitalistes se donneraient à eux-mêmes une bonne conscience. La chronique d’aujourd’hui se penche donc sur l’économie verte, sujet visiblement central dans ce Sommet de la Terre.

 

L’économie verte : de quoi s’agit-il ?

Face au constat, que personne ne conteste aujourd’hui, notre planète subit une double crise : économique et écologique. A priori, les deux domaines en question n’ont rien à faire en commun puisque historiquement l’action de l’homme a construit l’économie en exploitant sans limite la nature dans le seul but de créer et d’accroitre du profit. Mais en y regardant de plus près, ces deux mondes ne sont pas si antinomiques que ça, et cette période de crise est l’occasion de repenser les fondements de l’économie internationale en tenant compte des contraintes environnementales.

 

L’idée de l’économie verte, c’est d’arriver à concilier « économie » et « écologie », l’un servant les intérêts de l’autre, et inversement. En réalité, il s’agit simplement d’une question d’équilibre où la nature préservée devient le moteur du développement économique. Le but est de créer de la richesse grâce à la Terre, tout en tenant compte de ses limites et de sa fragilité.

 

L’économie verte : le point de vue des capitalistes

Jusqu’à aujourd’hui, les ressources naturelles sont détruites car puisqu’elles n’ont pas de valeur en elles-mêmes, on les détruit jusqu’à épuisement. Mais à travers la théorie de l’économie verte, on considère ouvertement que la nature est une marchandise, et donc qu’elle a un prix ; on entre clairement dans une logique de marchandisation et de financiarisation… mais de façon vertueuse. Explication : Si l’on privatise les biens communs, comme par exemple l’eau, on assure l’avenir de la planète. On considère en effet que l’homme cherche à protéger et à optimaliser une marchandise ayant une valeur. A l’inverse, si on ne donne pas de valeur à ces biens, il n’y a pas d’attention et donc pas de protection, d’où leur utilisation anarchique menant à leur destruction.

Par ailleurs, l’économie verte va permettre l’éclosion de nouveaux marchés et de nouveaux emplois. En effet, avec l’arrivée de ce nouveau système économique, on peut s’attendre à des investissements et des profits financiers colossaux dans les domaines du transport, de l’énergie, de la gestion des déchets, du bâtiment, etc. Ainsi, cette relance économique se fera nécessairement et efficacement au profit de la planète.

 

L’économie verte : le point de vue de ses contradicteurs

Cette théorie n’est en fait que le prolongement des logiques financières actuelles ; celles qui ont détruit la planète pour créer de la richesse. L’économie verte n’est en fait qu’une couche de peinture pour masquer un système capitaliste destructeur que les industriels souhaitent conserver pour s’enrichir. Les financiers n’investissent pas l’argent là où il est le plus efficace pour la planète, mais là où il rapporte le plus. On ne peut pas laisser les mesures à prendre pour l’environnement à ceux qui ont créé des catastrophes écologiques dont la Terre souffre aujourd’hui (réchauffement de la planète, pollution des eaux, de l’air et de la terre). L’économie verte n’est pas une solution de sortie de crise. Les arbres et l’eau ne sont pas des marchandises ou du capital, ce sont des biens communs. Ces richesses appartiennent aux hommes et non aux industries. Leur gestion doit se faire par des agents publics, garant de valeur équitable, et non par des agents économiques privés pollueurs.

 

Les positions de chacun semblent clairement définies mais le débat et des négociations apparaissent toutefois possibles. En somme, même après la conférence de Rio+20, l’économie verte n’a pas fini de faire parler d’elle comme l’une des solutions permettant de trouver une issue à la crise, dans un contexte d’urgence pour la planète.

 

Chronique de Stéphane Reynier pour Bionoor.

 

Si tu vas à Rio… Chronique n°3

C’est désormais officiel : Hadj Khelil a été invité par le philosophe et sociologue français Edgar Morin, afin de donner une conférence sur le thème « Ce que la valeur doit à l’éthique ». Cette intervention revêt une dimension internationale puisqu’elle se fera dans le cadre du Sommet de la Terre, qui se tiendra à Rio dans quelques jours. Entre la réservation des billets d’avion et les divers vaccins à faire chez le médecin, Hadj Khelil, fondateur et gérant de Bionoor, a pris le temps de nous dévoiler une partie de son intervention. C’est donc en exclusivité que nous vous la communiquons aujourd’hui.

 

« Ce que la valeur doit à l’Ethique »

 

Synopsis : Comme l’explique si bien Edgar Morin, nous vivons une époque de segmentation (puis de fragmentation) de la pensée. Cela conduit à une quasi impossibilité d’appréhender le caractère complexe (au sens d’interaction) des problématiques d’aujourd’hui. Il faudra trouver le moyen de créer de la valeur par l’éthique ou, dans le cas contraire, disparaitre. Pour l’instant l’outil le plus vraisemblable que nous ayons pour cela est l’entreprise. Peut-elle se convertir à l’éthique ou bien est-elle structurellement vouée à l’exploitation plus ou moins douce du genre humain ?

 

Contexte : Le monde prend une trajectoire pour le moins inquiétante, tel qu’il est expliqué dans l’ouvrage intitulé « La voie ». Nous faisons l’hypothèse que la fragmentation de la pensée a mené (entre autre) à une disparition de l’interrogation (transversale) sur l’origine de la valeur. C’est vrai sur bien des plans mais nous n’aborderons pour le moment que la dimension économique (et peut être philosophique). La terre a toutes les raisons d’être inquiète. Nous sommes arrivés à un point ou fabriquer de la valeur c’est fabriquer de la dette. L’Economie planétaire (Etats, Entreprises, Particuliers) est organisée autour d’une gigantesque imposture au sens arithmétique (possibilité de démonstration si besoin, si je perçois un intérêt de l’auditoire). Cette imposture devient comme l’infrastructure du système. A tel point que renoncer à ce fonctionnement semblerait renoncer au système lui-même ou le détruire. Même les plus conscients d’entre nous semblent impuissants devant cette mutation moderne du « La Bourse ou la vie ».

 

Objectif : Il s’agit donc de démontrer que des alternatives sont possibles.

 

Problématique : Accepter de vivre sans créer la valeur dont nous avons besoin revient à accepter une condition de parasite. La création de valeur est un préalable essentiel à une vie globalement harmonieuse. Il se trouve que cette mission est dévolue aux entreprises. Ce n’est pas le rôle des associations ou des ONG (jusqu’à preuve du contraire). La question est de savoir si une entreprise (au sens large) peut créer de la valeur de manière éthique ou si elles sont structurellement condamnées à naviguer dans les eaux troubles de « la roublardise et du déshonneur ».

 

« Ce que la valeur doit à l’Ethique » Sujet de la conférence donnée par Hadj Khelil (fondateur et gérant de Bionoor) dans le cadre du Sommet mondial « Rio +20 » / Juin 2012.

Si tu vas à Rio… Chronique n°2

Il n’y a pas de grand sommet sans préparation au préalable. C’est pourquoi, quelques jours avant l’ouverture de Rio+20, le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) a publié son 5ème rapport sur l’avenir de l’environnement mondial, intitulé « Geo 5 ». Ce document permet de donner une évaluation de la situation actuelle sur l’état de la planète. Ainsi, Geo 5 va donner une base de discussion aux dirigeants de chaque pays, et tenter de conduire à des mesures politiques en adéquation avec la réalité environnementale.

 

Les décisions politiques : de bonnes intentions restées sans suite

Signer des accords, c’est bien, mais encore faut-il mettre en œuvre des actions concrètes pour tenter de les respecter. Le rapport Geo 5 dresse un bilan des objectifs précédemment visés : depuis une quarantaine d’années, sur les 90 accords mondiaux signés en faveur de la planète (climat, océans, forêts, etc…) seulement 4 ont été effectivement appliqués. C’est trop peu pour que les choses changent vraiment. En conséquence, le rapport souhaite un changement de cap de la part des Etats ; dans le cas contraire, l’humanité devra faire face à « des répercutions sans précédents difficilement réversibles ». Geo 5 apparait donc comme un préambule à Rio+20, un appel à nos dirigeants pour un courage politique certain.

 

Pour la planète : les choses peuvent changer

Tout n’est pas vain dans ce combat pour la protection de l’environnement. Le rapport Geo 5 souligne les progrès issus d’accords internationaux :

* Une quasi-disparition de l’utilisation des substances appauvrissant la couche d’ozone, notamment en ce qui concerne les gaz CFC (Protocole Montréal 1985)

* La suppression du plomb dans l’essence (UE : directive 1998, Afrique : conférence Dakar 2001)

* L’amélioration de l’accès à l’eau potable (Conférence ONU à Mar del Plata 1977)

* L’amélioration de la lutte contre la pollution marine (Convention Marpol 1978).

 

Le rapport GEO 5 sur « l’avenir de l’environnement mondial » reconnait également les efforts des Etats en matière de protection de la biodiversité via la création de zones protégées telles que les parcs nationaux.

 

Un appel à l’engagement et à l’action politique

Achim Steiner, directeur général du PNUE, conclue ce rapport avec ces mots : « Geo-5 rappelle aux dirigeants mondiaux et aux nations réunis à la conférence de Rio 20 que la transition définitive vers une économie verte émettant peu de CO2 et utilisant efficacement les ressources doit absolument être amorcée en urgence ». Des mots qui, souhaitons-le, ne resteront pas sans suite…

 

Chronique de Stéphane Reynier pour Bionoor.

Mortalité des abeilles : un pesticide mis en cause

Depuis le 1er juin, le Ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, s’est prononcé pour l’interdiction du Cruiser OSR, un pesticide utilisé en traitement de semences sur les cultures de colza. Cette décision fait suite à la publication d’un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) qui postule que la substance aurait une incidence sur l’orientation des abeilles qui se voient incapables de retrouver le chemin de la ruche.

 

L’ANSES, qui avait pourtant approuvé, en juin 2011, l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du Cruiser, est revenue sur ses positions après que les conclusions d’une équipe de chercheurs pluridisciplinaires (INRA, CNRS, ACTA, ITSAP) a  démontré que le thiamétoxam, une molécule contenue dans le Cruiser, provoque sur les abeilles des troubles neurologiques. Perturbées dans leur comportement, celles-ci s’égarent et finissent par mourir. Néanmoins, l’ANSES relativise les résultats de ces études en prétextant que les doses employées dans les expériences étaient quatre fois supérieures à celles auxquelles sont exposées les abeilles. Même si elle ne nie pas que l’usage de telles quantités soit pratiqué en des circonstances particulières.

 

La nouvelle a par ailleurs été saluée par le monde de l’apiculture qui dénonce depuis quelques années les menaces que fait peser le Cruiser sur la pollinisation des plantes à fleurs et par conséquent sur la sauvegarde de la biodiversité. En effet, un phénomène important de mortalité des colonies d’abeilles a été observé un peu partout dans le monde depuis le début des années 2000 et suscite beaucoup d’inquiétudes. Et pour cause, les abeilles sont un indicateur formel de l’équilibre environnemental et représentent à elles seules 35% de la production alimentaire mondiale.

 

A deux mois des semis, cette décision a, en revanche, été accueillie avec amertume par les agriculteurs qui craignent que l’interdiction du Cruiser ne porte préjudice à la rentabilité de leur champ de colza. Ce à quoi le ministre de l’agriculture répond que de nombreux autres moyens sont à leur disposition pour protéger leurs cultures. Enfin, le groupe suisse Syngenta, qui commercialise le pesticide, dispose encore d’une semaine pour communiquer au Ministère de l’agriculture ses observations, après quoi, l’interdiction pourrait devenir effective.

 

Affaire à suivre …

 

Article rédigé par Asma El Kabir pour Bionoor.

Si tu vas à Rio… Chronique n°1

En juin, rendez-vous au Brésil, non pas pour suivre les conseils touristiques de Dario Moreno, mais pour la Conférence des Nations Unies sur le développement durable intitulée « Rio+20 ». De quoi s’agit-il ? Tous les 10 ans, une manifestation d’envergure mondiale vise à prendre des décisions politiques en faveur de l’enjeu environnemental avec des sujets tels que le climat, la biodiversité, les océans, etc…

 

Qui participe à Rio+20 ?

Une centaine de chefs d’Etat sont attenus dans la ville brésilienne afin de discuter et de fixer des objectifs pour les dix années à venir. A côté de la classe politique, près de 50.000 participants sont également conviés à ce rendez-vous, parmi lesquels on trouve des associations, des Organisations Non Gouvernementales, mais aussi des entrepreneurs du secteur économique privé. Tous seront à Rio pour une même cause : la préservation de la planète.

 

De quoi va t-on parler ?

A cette date, on connaît déjà les sujets abordés. Ils se déclinent en deux thèmes :

* Le développement de l’économie verte pour éradiquer la pauvreté

* La gouvernance mondiale de l’environnement.

 

Il est vrai que « l’économie verte » est une expression qui ne trouve pas de définition précise. Néanmoins, on peut accepter l’idée que cette notion vise une économie prenant en compte les dimensions humaine, sociale, et environnementale. En somme, l’économie verte est le concept selon lequel il est possible d’envisager une croissance économique tout en assurant un respect de l’humain et de la planète. Dans le cadre de Rio+20, il s’agit de trouver comment la croissance économique non destructive peut servir de levier pour éradiquer la pauvreté.

 

En ce qui concerne la gouvernance mondiale, même si le thème peut apparaitre technique, le sujet est assez simple à expliquer. Partons du constat suivant : aujourd’hui, l’environnement est un enjeu planétaire qui implique l’ensemble des Etats. Malheureusement, chaque pays prend les mesures individuellement sans concertation avec ses homologues. En conséquence, ça part dans tous les sens. L’idée de la gouvernance mondiale, c’est de permettre aux Etats de se retrouver pour discuter et prendre des décisions communes en matière d’environnement, par la création et le développement d’une institution d’envergure mondiale.

 

Un sommet qui pose beaucoup de question…

Que peut-on attendre de cet événement ?

Comment un sommet de trois jours permettra t-il de dégager un consensus ?

Quelles sont les ambitions des participants ?

Peut-on s’attendre à un grand rendez-vous ?

 

La chronique « Si tu vas à Rio… » tentera de vous guider avant, pendant et après le sommet mondial. Pour info, la Conférence des Nations Unies sur le développement durable « Rio +20 », c’est au Brésil du 20 au 22 juin 2012.

 

Chronique de Stéphane Reynier pour Bionoor.

L’actu de Bionoor sur les ondes de BFM

Hadj Khelil, votre entreprise a déjà 10 ans. Elle a débuté par la vente des dattes, et aujourd’hui il y a un nouveau packaging pour ce produit…

L’ancien emballage correspondait à la mode de l’époque. C’était un truc assez épuré, simple et minimaliste, où ce qui comptait c’était finalement le produit et sa qualité. Ce packaging s’adressait à des gens qui connaissaient nos dattes.

Fort de cette légitimité, une communauté d’un millier de personnes s’est créée autour de Bionoor, notamment sur Facebook et sur Twitter. On a interrogé ces personnes pour savoir ce qu’ils voudraient voir apparaître, ce qui est important pour eux, et sur ce qui fait sens à leurs yeux. Au terme de ces conversations, on a développé un nouvel emballage qui explique notre démarche : celle de planter des arbres. C’est pourquoi on a tout revisité : les couleurs, l’ergonomie, les informations et le message.

Aujourd’hui on souhaite se tourner vers les gens qui ne connaissent pas la datte, on essaye de vendre ce produit sur des marchés qui ne sont pas spontané à l’achat de dattes.

 

C’est important d’avoir un rapport affectif avec la marque ? De raconter des histoires ? De faire rentrer le public dans sa marque ?

Chez Bionoor, ce n’est pas vraiment une histoire que l’on raconte, c’est plutôt une légitimité qu’on matérialise. Nous, on fait un produit qui est dans notre famille depuis plusieurs centaines d’années, et on montre que l’on fait cela avec une grande humilité.

 

Le chocolat, ça en est où ?

Notre chocolat noir au safran, ça marche très bien. Vous savez, le challenge quand on fait du chocolat en France où la culture est colossale, c’est de pouvoir innover dans un domaine où il y a plein de gens brillants. Pour exister, on n’a pas hésité à aller au salon du chocolat en 2011, et on a cartonné avec ce chocolat au safran ; on a été dévalisé.

Aujourd’hui, on travaille avec plusieurs grands palaces qui offrent ce chocolat pour accompagner le café de leurs clients.

 

Et le thé ?

Pour le thé, il va falloir faire un gros effort. Ce n’est pas parce qu’un produit est beau, qu’il se vend bien. C’est quelque chose qu’il ne faut jamais oublier. On ne met pas un produit sur le marché et attendre que ça se fasse tout seul. Ce thé est clairement un produit d’exception, alors il ne faut pas négliger les efforts commerciaux. On va donc mettre les bouchés double très bientôt.

 

J’ai entendu que vous allez vous lancer dans les huiles essentielles. Quel est le point commun entre le chocolat, le thé, les huiles et les dattes ?

Le point de convergence dans nos produits, c’est la certification « biologique ». Nos concurrents ont des catalogues très diversifiés avec 10 fois plus de choix que nous. Chez Bionoor, on se démarque en tant que spécialiste, c’est pour ça qu’on a finalement qu’une vingtaine de produits.

On vend des choses qui ont du sens : ce qu’on essaye de démontrer, c’est qu’on peut fabriquer de l’argent de manière éthique. On peut « s’enrichir » sans le faire au détriment des autres et de la planète.

J’essaye que ma vie d’entrepreneur continue d’être passionnante, et les huiles essentielles, c’est ma prochaine exploration. Aujourd’hui, on avance, on évolue dans la vie, et parfois on fait des rencontres. Là, on a été contacté par un industriel qui est une sorte de caricature de l’excellence. J’ai rencontré le responsable : c’est un petit vieux, chimiste, qui connaît toutes les plantes par cœur, qui fait ça depuis 30 ans, et qui a un amour de ce qu’il fait. Il aime ce qu’on fait, et nous a demandé de nous occuper de l’optimisation du packaging du markéting et de la commercialisation de ses produits. Après, l’idée c’est qu’on lui apporte nos plantes, car je vous rappelle qu’à la base on est aussi producteur, pour produire nos huiles essentielles « Bionoor ».

 

Francis Dagnan, directeur du Studio Harcourt, vous en pensez quoi ?

Je partage le type de passion qu’a Hadj Khelil. Il a sa cohérence propre, tant dans son exploration que sur la diversité de ses produits. Je vais faire un parallèle avec le luxe : Hermès qui à l’origine est sellier, vend aujourd’hui moins de selles que de sacs à main. Etre un spécialiste, ça n’empêche pas d’avoir une gamme de produits extrêmement étendue. Il faut voir large, voir les secteurs, et les réunir par l’histoire ; c’est ce que fait Hadj Khelil.

 

Bon, Hadj Khelil, vous allez partir à Rio en juin avec Edgar Morin… racontez-nous !

D’abord, un point sur ce sommet. Aujourd’hui, tout ce qui s’est décidé ces vingt dernières années, s’est fait suite à un forum qui s’est tenu à Rio il y a 20 ans. Pour redéfinir le cap et avancer, il faut un nouveau forum : c’est l’objectif de Rio+20. Tous les gens liés aux enjeux environnementaux vont ainsi se réunir pour tenter de fixer les règles pour les vingt prochaines années.

Edgar Morin m’a très gentiment invité à donner une conférence, en préparation de ce sommet mondial. Je serai là-bas pour défendre l’idée que l’esprit d’entreprise a un rôle à jouer dans ces enjeux environnementaux ; je vais tenter de démontrer que les entreprises peuvent fabriquer de la valeur de manière éthique sur le plan environnemental, sur le plan social, et sur le plan humain. Nous les entrepreneurs, on peut être un levier colossal dans la résolution de ces problèmes.

Si à Rio on fixe des règles coercitives, notamment sur l’émission de gaz à effet de serre, ça va pas pénaliser le marché, au contraire, ça va immédiatement créer un nouveau marché de plusieurs centaines de milliards de dollars.

 

Transcription réalisée par Stéphane Reynier pour Bionoor.

 

 

Le lobby de l’huile de palme se met en action

Mercredi je vous confiais ma mésaventure avec l’huile de palme bio. C’était sans compter sur le webzine slate.fr qui a décidé de saboter mon travail en proposant hier un article sur les prétendus bienfaits de l’huile de palme. Mazette!

 

Dans ce papier, on apprend que suite à des tests préliminaires fructueux, un laboratoire de recherche et de développement singapourien envisage de lancer des « essais cliniques humains pour tester les effets bénéfiques de l’huile de palme sur des patients atteints d’un cancer de la prostate ». Mais ce n’est pas tout, « le recours à une alimentation naturelle à base d’huile de palme pourrait prévenir ou traiter le cancer, ainsi que les accidents vasculaires cérébraux ».

 

Un centre de recherche singapourien ? ça paraît louche lorsque l’on sait que les pays voisins, la Malaisie et l’Indonésie, sont les plus gros producteurs au monde d’huile de palme et les plus touchés par la déforestation. Mais le meilleur reste à venir. Le laboratoire en question, Davos Life Science, chargé de piloter le test clinique humain est, nous dit-on, « la propriété de Kuala Lumpur Kepong, l’une des plus grandes sociétés de plantations de palmiers à huile en Malaisie ». Cherchez l’erreur…

 

Et pour finir, la dernière couleuvre qu’on tente de nous faire avaler c’est que ces « composés alimentaires ont l’avantage d’être naturels et sans danger. Et qu’ils peuvent faire partie de notre alimentation quotidienne », dixit Arthur Ling, chef de la direction de Davos Life Science.

 

Pas un mot sur le cancer de la déforestation qui met en péril la vie de milliers d’orangs-outans totalement dépendants de la forêt. L’espèce en danger d’extinction pourrait disparaître dans les deux prochaines décennies au profit de milliers d’hectares de plantation de palmiers à huile bon marché.

 

Le seul mérite de cet article est d’avoir précisé dans le dernier paragraphe que, si l’huile de palme serait soupçonnée, je dis bien soupçonnée, de guérir le cancer de la prostate, elle favorise néanmoins les troubles cardio-vasculaires. En gros, pour prévenir le cancer de la prostate, voire le guérir, il faudrait prendre le risque de provoquer un infarctus. Autant choisir entre la peste et le choléra.

 

Article rédigé par Asma El Kabir pour Bionoor.

Les français plus préoccupés qu’occupés par l’écologie…

L’écologie ? Qui oserait prétendre s’en soucier comme d’une guigne? Ni vous, ni mois, nous sommes bien d’accord. Car c’est sûr, afficher sa sensibilité écolo, ça le fait. En plus d’être très tendance, ça vous confère  des airs de citoyen engagé et d’adulte responsable. Mais concrètement, si je vous demande ce que vous faites au quotidien pour revendiquer ce statut du super héros écolo, une majorité d’entre vous rougiraient. Rougiraient de ne pas être assez « verts »finalement pour mettre un coup de collier et prendre de bonnes résolutions.

C’est en tout cas ce que démontrent les dernières études1 en la matière. Elles révèlent que même si les Français sont une grande majorité à affirmer être « préoccupés » par la thématique de l’écologie (92 %), ils ne sont pas assez nombreux à avoir adopté pour de bon l’éco-attitude. Néanmoins, un certain nombre pratique déjà une série de gestes écolos : fermer le robinet pour ne pas laisser couler l’eau (36 %), éteindre les appareils électriques (24 %), prendre des douches plutôt que des bains (20%) ou bien faire fonctionner les appareils ménagers aux heures creuses (12 %)2.

C’est vrai qu’endosser le costume du tout écolo exige une motivation pour dépasser les quelques obstacles qui nous dissuadent plus qu’ils ne nous encouragent à poursuivre nos efforts. Deux freins principaux justifient ce décalage entre bonnes intentions et comportements résolument écologiques. Ils peuvent être résumés comme suit :

Il y a tout d’abord le prix, le nerf de la guerre ! Sauf que cette idée n’est souvent qu’une idée reçue. Certes, se mettre au vert implique, à certains égards, un investissement financier. Mais cet investissement s’avère être très rentable avec le temps. Si, par exemple, installer des panneaux photovoltaïques entraîne un coût certain au départ, ce dernier sera amorti sur la durée avec la réduction de facture qui suivra logiquement.

Ensuite, les pratiques liées aux gestes écologiques semblent plus contraignantes et interminables, quand elles ne contribuent pas à saboter notre confort. Entre composer ses propres produits, cuisiner soi-même tous ses plats et fabriquer du compost, on a connu plus simple. Mais là encore, même si les avantages ne sont pas évidents, ils sont pourtant vérifiés3. Sur le plan sanitaire par exemple, il a été prouvé que l’augmentation exponentielle des cas d’allergie, des maladies cancéreuses et auto-immunes est clairement liée aux cocktails de polluants toxiques, dus à notre consommation excessive, respirés chaque jour, et qui se nichent dans nos assiettes pour habiter ensuite nos organismes.

Bref, tout ça pour vous encourager à opérer la mue écologique. Personne ne vous demande de condamner une rame de train pour empêcher les déchets nucléaires de transiter, mais juste de commencer à se fixer des gestes au quotidien pour préserver notre petite planète. Votre amour pour la planète ne coule pas de source ? Alors faites-le pour faire des économies ! Vous rougirez moins les prochaines fois où vous aurez la prétention d’endosser votre costume du super héros écolo.

1 Sondage Harris Interactive réalisé pour la Fondation Nicolas Hulot, Le regard des Français sur la crise écologique et la crise économique, 13 avril 2012.

2 Sondage réalisée par le site immobilier PAP, avril 2012.

3Recherches Primequal menées par le Ministère de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement (MEDDTL) et par l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME), Pollution atmosphérique et santé, le rôle de la perception : éléments clés pour une meilleure sensibilisation du public, mai 2011.

Article rédigé par Asma El Kabir pour Bionoor.

Tout ce qui est bio n’est pas forcément écolo

Vision d’horreur ce matin en préparant le biberon de mon fils. Les yeux dans le vague, j’attends que l’eau du biberon chauffe. Je finis par loucher mollement sur l’étiquette des ingrédients de la boîte de lait infantile. Surprise ! Je me frotte bien les yeux, la surprise est toujours là. Le lait que ma progéniture absorbe depuis deux mois contient de l’huile de palme. Panique à bord. L’huile de palme, tout comme l’aspartame, et d’autres composants alimentaires font partie de cette liste nutritionnelle dont on entend dire beaucoup de choses sauf du bien.

 

Réflexe Google oblige, je me précipite sur internet pour éclaircir définitivement ces zones d’ombre. Mes inquiétudes seront confirmées. La production d’huile de palme génère un double danger car responsable d’un double problème. Coupable de la déforestation massive qui sévit dans de nombreuses régions asiatiques, principalement en Malaisie et en Indonésie, l’huile de palme représente aussi une menace pour notre santé. Sa teneur importante en acides gras saturés favorise les risques d’apparition de maladies cardiovasculaires lorsqu’elle est consommée en trop grande quantité, car elle fait augmenter le taux de mauvais cholestérol et fait baisser le taux de bon cholestérol. Rien que ça …

 

Pour couronner le tout, de nombreux industriels agroalimentaires, conscients du fait que l’huile de palme comporte un caractère rédhibitoire lorsqu’elle est évoquée, préfèrent les appellations de type « huile végétale » ou « graisse végétale ». Une manière de dissimuler son emploi dans les produits. Sachant que cet ingrédient est majoritairement utilisé dans le monde pour son prix bon marché, et qu’il figure dans une kyrielle d’aliments proposés en grande surface (pain, céréales, margarine, confiseries, yaourts, etc.) la confusion reste entière lorsqu’il s’agit d’identifier sa présence à partir d’un terme générique.

 

Pensant avoir trouvé une solution, je me dirige vers le supermarché pour acheter ce lait bio que j’avais tellement hésité à prendre la première fois. Comme tout chat échaudé, je ne me fais pas prendre deux fois, et je screen sur place l’étiquetage, et là, RE-surprise ! A l’instar des boîtes de lait classique, le lait infantile bio contient lui aussi de l’huile de palme. Le comble !

 

Tel un Sherlock Holmes sans pitié, je me rue sur le rayon réservé aux produits bio où je fais le même constat. De l’huile de palme en veux-tu en voilà. Alors question mon cher Watson: qu’est-ce donc l’huile de palme bio ? Réponse : l’huile de palme bio signifie que la production n’a pas eu recours à l’utilisation de pesticides. Elémentaire ! Pour autant, les périls environnementaux et sanitaires n’en sont pas moins écartés. Moralité : ce qui est bon pour le corps (bio) n’implique pas que cela soit bon pour la planète (écolo). Apprendre à faire la différence est primordial et ne peut que servir à déjouer les pratiques commerciales qui usent de ce dédale sémantique pour se tailler la part du lion.

 

Article rédigé par Asma El Kabir pour Bionoor.