Conférence sur le climat : mais qu’ont-ils fait à Doha ?

A vrai dire, rien de bien extraordinaire pour une conférence qui, une fois de plus, tend à devenir bien ordinaire. Avec 192 pays négociateurs, deux semaines de pourparlers intenses, et probablement des millions d’euros dépensés, cette 18eme conférence s’est finalement achevée sur un accord fabriqué à l’arraché qui, en vérité, en dit long sur le niveau de désaccord des participants. Les mises en garde formelles des scientifiques et les événements climatiques alarmants n’auront donc pas suffi à réveiller les consciences. Alors, qu’a-t-il manqué à Doha ?

 

Une partie des discussions a largement porté sur la reconduction pour 8 ans du fameux protocole de Kyoto, qui prend fin le 31 décembre 2012. Le seul traité contraignant juridiquement les pays signataires à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Mais voilà, le Canada, le Japon, la Russie et la Nouvelle-Zélande s’en sont désolidarisé au motif que le texte officiel n’engageait ni les Etats-Unis, ni les pays émergents, comme l’Inde et la Chine, alors qu’ils figurent parmi les plus grand pays émetteurs de GES. Une fois n’est pas coutume, les intérêts économiques auront supplanté les intérêts environnementaux et relégué au second rang le sens des responsabilités de ceux qui prétendaient en avoir.

 

De même pour l’aide financière réclamée par les pays du Sud pour faire face aux conséquences désastreuses liées au changement du climat. Balayée d’un revers de main par les pays bailleurs de fonds, bien qu’ils soient majoritairement à l’origine des menaces irréversibles qui pèsent sur les populations les plus vulnérables. Ce qu’il faut comprendre en substance, c’est que ce sont ceux qui auront le moins contribué à l’augmentation de la température globale qui paieront les pots cassés et qui seront confronté au plus gros des conséquences climatiques du fait de leur localisation géographique.  

 

Hormis l’Union Européenne, et l’Australie, ainsi que quelques autres pays déterminés à agir, la conférence de Doha n’aura pas soulevé des montagnes de mobilisation. Mais elle aura permis de prolonger le protocole de Kyoto, ainsi que la participation des pays signataires. Même si ceux-là se sont astreints à observer des engagements assez hétérogènes, en fonction de leur potentiel respectif en matière de réduction d’émission de GES.  

 

Un peu de courage et beaucoup de lucidité. C’est ce qui a manqué, en partie, à Doha. Du courage pour instaurer un plan d’action pragmatique, quand bien même il impliquerait de repenser le modèle économique. Et de la lucidité pour reconnaître qu’il ne reste plus beaucoup de temps pour limiter la hausse de la température planétaire. Ce faisant, il reste à espérer que l’allure à laquelle nos dirigeants prendront les mesures qui s’imposent soit plus rapide que la vitesse à laquelle les changements atmosphériques s’opèrent.

 

Article rédigé par Asma El Kabir pour Bionoor

Photo : © Stéphane Reynier

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